Source :journal hebdomadaire "Voix du Jura"
L'Editorial de Franck Lacroix
Titre :Faim
Une claque en pleine figure ! Nous avions en tête notre pouvoir d'achat,le prix du pétrole qui ne cesse de battre des records et un printemps pourri qui s'installe,alors que la famine
se répandait sur la planète.Les émeutes de la faim ont réveillé nos consciences.On pensait qu'elles appartenaient à un autre temps;elles nous sautent aux yeux.
Elles ont fait au moins cinq morts en Haïti,dont un policier de l'ONU,tué samedi.Au Burkina Faso,déjà secoué par des émeutes en février,une grève générale vient de paralyser le pays car la
population n'a tout simplement plus les moyens de se nourrir.
En Egypte,la colère est montée à Mahala(Delta du Nil),une ville industrielle du textile,foyer de la contestation sociale depuis deux ans.Des violences ont aussi éclaté au Cameroun entraînant 40
morts,au Sénégal,en Mauritanie où ont éclaté les premières manifestations en novembre,en Ethiopie,aux Philippines,à Madagascar,en Côte d'Ivoire ou encore en Indonésie.Près de 40 pays en
développement sont touchés par une explosion des prix alimentaires.
Les statisques sont précises.
Selon la Banque Mondiale,la hausse des tarifs du blé a été de 120% en un an,celle des prix alimentaires de 83%.Le riz a décollé de 75%.Cette flambée est
une catastrophe pour les familles du tiers-monde,
dont le revenu est consacré à hauteur de 70% à l'alimentation,contre 15% dans les pays développés.
Première raison : en pleine crise financière,ces denrées sont devenues des valeurs refuges pour les spéculateurs.Ensuite, la consommation a augmenté :
la population mondiale,aujourd'hui à
plus de 6 milliards d'individus,va croissant et devrait dépasser les 9milliards en 2050,et les pays les plus peuplés du monde,dont l'Inde et la Chine,consomment plus de viande et de
lait.Lorsqu'on s'enrichit,son assiette a tendance à se remplir.
Et cela ne fait que commencer et n'est pas sans conséquence quand on sait que les terres cultivables du monde sont dédiées à
64% à la nourriture du bétail.
A cette croissance de la demande,s'ajoutent la réduction des terres arables,les dérèglements climatiques,telles la sécheresse dans des pays producteurs de céréales comme l'Australie,le boom des
biocarburants.
En 2008,près de 18%de la production céréalière américaine servira à la production d'éthanol.
Pour Dominique Strauss-Kahn,directeur du FMI,si la hausse des prix alimentaires se poursuit,cela aurait des "conséquences terribles "."Comme nous l'avons appris dans le passé,ce genre de situation
se finit parfois en guerre ",a-t-il ainsi prévenu.
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