Source : Alternatives Economiques N ° 271
Rubrique : Travail / Comprendre
Marché du travail
Titre : Un emploi sans qualité
Sur longue période, les emplois ont progressé en nombre, mais sont souvent à temps partiel ou précaires
Enfin ! Voici 10 ans que l'Insee n'avait pas publié de séries longues sur le marché du travail, permettant des comparaisons sur l'évolution dans le temps de grandeurs comme la population
active, le nombre d'emplois stables ou précaires, ou encore celui des chômeurs.
Certes, l'Institut présentait certains résultats dans ce domaine, mais avec parfois beaucoup de retard.
Les résultats de l'enquête emploi 2006 n'ont ainsi
été publiés qu'en novembre 2007, parce qu'elle ne validait pas les cocoricos gouvernementaux sur la forte baisse du chômage. En outre, les modifications méthodologiques apportées au fil du
temps ne permettaient pas d'effectuer de comparaisons, sinon de façon très approximatives.
Bref, nous étions tous dans le brouillard. Il n'est certes pas complètement levé ( notamment parce que l'essentiel des chiffres fournis continue de ne concerner que la France métropolitaine ), mais
la publication de ces nouvelles séries longues permet d'améliorer quand même substantiellement une situation déplorable.
Spectaculaire progression
En ce qui concerne l'emploi, notamment, l'Insee distingue désormais clairement deux types de séries.
D'abord, celles issues de l'enquête emploi, appelées " emploi au sens du BIT " ( Bureau international du travail ) .
C'est la définition du BIT qui est alors retenue : occupe un emploi celui qui a travaillé ( même une seule heure ) au cours d'une semaine de référence
donnée.
Ensuite, il y a les séries qualifiées d' " estimations d'emplois " , où l'on prend en compte également les sources administratives ( déclarations des employeurs, cotisations
sociales, fichiers de paye des personnels publics ) et les réponses au recensement.
L'écart entre les deux séries, important au début des années 80, tend à se réduire. Ainsi, en 1982, on comptabilisait 22,7 millions d'emplois au sens du BIT, alors que les estimations d'emploi en
retenaient 22 millions, soit un écart de l'ordre de 700 000 postes, ce qui n'est pas rien.
En 2006, l'écart nest plus que de 72 000. Mais, dans les deux cas, la progression de l'emploi est spectaculaire : + 2,5 millions pour l'emploi au sens du BIT, + 3,1 millions pour
l'estimation d'emploi. Soit davantage que durant toutes les Trentes Glorieuses, où il est passé de 19 millions en 1946 à 21,4 en 1976. Pas mal pour un quart de siècle de croissance dite "
molle ", voire de crise !
Il est vrai que, durant cette période, on avait assisté à l'effondrement de l'emploi non salarié : il est passé de
7 à 3,7 millions, alors que les emplois non salariés n'ont diminué "
que " de
1,1 millions entre 1982 et 2006. En outre, nombre de ces emplois récents sont de mauvaise qualité : entre 1990 et 2006, le nombre de
personnes déclarant travailler moins qu'elles ne le souhaitent a augmenté de 420 000 ( 1,3 millions de salariés, contre 0,9 millions ), tandis que le nombre de ceux qui subissent des formes
particulières d'emploi ( CDD, intérim, emplois aidés ou stages, apprentissage exclu ) est passé d'un peu plus d'un million à 2,7 millions depuis 1982.
Ce sera sans doute le problème principal des années à venir : comment améliorer l'emploi dont la qualité s'est beaucoup dégradée sans pour autant freiner les créations d'emploi ?
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