Lundi 23 novembre 2009
1
23
/11
/Nov
/2009
12:48
Par sixtine
Source : Courrier International N°994
Thème : Climat - Chaud l'avenir
Titre : Ce que les psys nous apprennent
Nous savons que la Terre se réchauffe, mais nous ne changeons pas nos comportements.
Des chercheurs expliquent pourquoi.
The Guardian - Londres
Il est aujourd'hui
communément admis que le problème du changement climatique passe par une évolution des comportements individuels. Mais, jusqu'à présent, il manque une pièce essentielle du puzzle : la
psychologie. L'étude des comportements humains a surtout brillé par son absence !
Pourtant, les recherches en psychologie, au Royaume-Uni, ont montré que la plupart des individus ne se sentent pas personnellement menacés par le changement climatique,
parce que c'est pour eux un concept vague, abstrait et difficile à visualiser.
Cela signifie que les scénarios catastrophes et la rhétorique apocalyptique n'ont guère de chances de donner les résultats escomptés - car, s'il est vrai que la peur peut motiver un changement de
comportements, cela ne marche que lorsque les gens se sentent eux-mêmes vulnérables. En clair, exagérer la menace du changement climatique n'est pas une solution.
Fort heureusement, dfes deux côtés de l'Atlantique, les chercheurs en sciences sociales commencent à s'intéresser au sujet. Une étude américaine a ainsi analysé les
réactions de gens ordinaires à des discours sur les transformations météorologiques prononcés par des acteurs. La version à laquelle le public réagissait le mieux était celle qui parlait de "
pollution de l'air " plutôt que de " changement climatique " , tout simplement parce que la pollution est quelque chose de tangible qui peut directement être associé au
quotidien et qui induit immédiatement des connotations de saleté et de problème de santé.
Le changement climatique dépasse bien entendu très largement la question de l'air pollué, mais il faut trouver les moyens de le rendre perceptible, car
les gens ne se préoccupent pas de ce qu'ils ne peuvent voir - ou imaginer.
Une autre approche, utilisée pour inciter davantage de gens à emprunter les transports en commun, décompose les habitudes en propositions simples de type " si...,
alors ". Pour modifier un comportement habituel, l'individu doit identifier un objectif ( moins prendre sa voiture, par exemple ),
une habitude qu'il est prêt à adopter afin d'y parvenir ( prendre le bus le vendredi pour aller travailler ) et une situation qui suscitera ce nouveau comportement ( avoir le temps de prendre le bus ) . Dans cet exemple précis, si nous sommes jeudi soir, alors il
faut mettre le réveil à une heure différente, et, si nous sommes vendredi matin, alors il faut opter pour une douche rapide plutôt que pour un bain. Penser en ces termes n'a certes rien de
spontané, mais, si on ne lui associe aucune stratégie, un objectif, si vertueux soit-il, est voué à l'échec.
Il faut également tenir compte d'une autre réalité : les partis politiques ne voteront jamais une loi qui s'avérerait impopulaire auprès de leur électorat. Les
innovations technologiques, par exemple les bus électriques, peuvent permettre de réaliser des économies d'énergie, mais un bus zéro émission aura zéro passager si le public ne se décide pas à
l'utiliser. Si l'idée même de campagnes psychologiques visant à convaincre le grand public de changer de mode de vie vous semble un peu trop relever d'une solution à la Big Brother, songez
simplement à l'alternative qu'il restera : consacrer des millions d'euros à des technologies qui ne prendront jamais ou se voir imposer un système libéral de coercition économique qui pénalisera
les pauvres tandis que les riches continueront à polluer.
Si l'on ne comprend pas ce qui motive le comportement environnemental des individus, le rêve d'une société décarbonisée sera à jamais hors de portée.
Adam Corner
Publié dans : Environnement
14
Derniers Commentaires